
Rencontre avec Fanny Decobert, directrice de la communication du Muséum national d’Histoire naturelle et Claire Goncalves, responsable des partenariats et publicité
En 2017, le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) était l’un des premiers grands établissements publics à se lancer dans l’aventure du podcast avec Nous et les autres, en partenariat avec Slate, dans une volonté de s’affirmer en tant qu’acteur de la société. 7 ans plus tard, le Muséum est devenu une référence en matière de podcasts de partage de savoirs, avec pas moins de 11 séries à son actif, touchant un large public, les plus jeunes inclus – en témoigne le célèbre Bestioles, coproduit avec France Inter.
Fanny Decobert, directrice de la communication du Muséum national d’Histoire naturelle et Claire Gonçalves, responsable des partenariats et publicité nous font part de leur expérience et reviennent notamment sur la genèse de Pour que nature vive, un podcast entièrement produit par le Muséum depuis 2018 et qui vient tout juste de dépasser les 660 000 écoutes.
Photo : Fanny Decobert et Claire Gonçalves © J. Dalgaard
En 2017, le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) lançait son premier podcast. Comment est née cette initiative ?
Fanny Decobert : Nous avons lancé notre premier podcast en partenariat avec Slate. Il s’agissait d’une production en trois épisodes, décortiquant les différents aspects du racisme, en écho à Nous et les autres, la première grande exposition de réouverture du Musée de l’Homme après de gros travaux. Les thématiques société et préhistoire sont les sujets phares du nouveau Musée de l’Homme.
Pour l’occasion nous avons monté un partenariat avec Slate et nous nous sommes dit : quoi de mieux pour positionner une exposition sur un sujet de société qu’un podcast ?
Claire Gonçalves : En 2018, j’étais allée chercher Slate en tant que nouveau média et pure player, en raison du sujet de l’exposition, en phase avec leur ligne éditoriale. Leur équipe, à l’époque précurseuse dans les podcasts, notamment avec Transfert, nous a proposé de traiter l’exposition sous cette forme. La raison était avant tout éditoriale, car le podcast leur permettait d’aborder le sujet plus longuement et d’une façon plus incarnée que sous forme d’articles. Slate s’est chargé de la production, nous les avons accompagnés sur l’éditorial et nous avons construit la communication et celle de l’exposition avec cet outil en plus, au même titre qu’on avait de l’affichage, de la presse…
Fanny Decobert : Il était très important pour une maison comme le Muséum national d’Histoire naturelle d’avoir des partenaires de contenus. L’une de nos forces est d’avoir de nombreux scientifiques qui interviennent à la radio, entre autres, et qui savent raconter des histoires, en s’adaptant aux cibles. On s’accroche donc à ces contenus, ces histoires, qui sont les nôtres.
Avec ce podcast, tant par le format que par le partenariat, l’idée était d’aller chercher un public de jeunes adultes. Slate apportait la production, la diffusion, mais aussi son audience.
Ces mécaniques de « podcasts », comme vous venez de le dire, semblaient déjà un peu intégrées à celles du Muséum, avec la présence forte de vos scientifiques dans les médias ?
Claire Gonçalves : Effectivement, ce qui infuse depuis toujours dans notre communication, c’est la parole des chercheurs et des chercheuses du Muséum. Ces équipes sont très présentes dans la presse, souvent invitées en tant qu’experts pour des articles et des émissions radio qui, en plus d’être diffusées en ligne, sont podcastées sur les sites médias.
« Ce qui infuse depuis toujours dans notre communication, c’est la parole des chercheurs et des chercheuses du Muséum. »
Fanny Decobert : Nous savons comment aller chercher les experts les plus adaptés au sujet, comment les préparer à l’interview, comment les mettre en avant. C’est un véritable savoir-faire que nous avons développé au quotidien et sur le long cours, notamment avec la radio. Finalement, le podcast est un peu la suite « naturelle » de ce que nous avons mis en place depuis des années.
Claire Gonçalves : Cela nous a aussi permis d’anticiper ces nouveaux usages. En 2017, le podcast était déjà très présent du côté des médias, mais très peu de grands établissements publics s’y étaient encore aventurés. En travaillant avec Slate sur ce premier podcast, nous avons élargi notre vision et confirmé ce que nous avions senti venir. Après cette expérience, nous n’avions plus qu’une envie : inscrire de manière pérenne cet outil dans notre stratégie de communication.
Quelle a donc été la suite ? Avez-vous lancé d’autres podcasts autour d’expositions ou avez-vous décidé de diversifier l’offre ?
Fanny Decobert : En 2018, nous avons lancé un second podcast événementiel de deux épisodes, toujours en partenariat avec Slate, autour de l’exposition Néandertal, au Musée de l’Homme. Puis en 2019, nous avons eu l’idée de créer un podcast natif, Pour que nature vive. Un podcast indépendant, que le Muséum produirait lui-même, à l’occasion du Congrès mondial de la nature de l’UICN, qui devait avoir lieu à Marseille en juin 2020 et auquel le Muséum participait. La question était de savoir comment faire pour que le Muséum puisse émerger parmi la multitude de structures au sein de cet énorme événement international.
Nous avons donc décidé de promouvoir auprès du grand public la recherche, la science et la biodiversité à travers nos chercheuses et nos chercheurs, pour faire comprendre le vivant et notre planète. Il s’agissait aussi de montrer que le Muséum, au-delà d’avoir des sites accueillant du public, regroupe aussi des scientifiques, dont les problématiques sont résolument ancrées dans la société et qui ont des choses à dire.


Les deux premiers podcasts du Muséum national d’Histoire naturelle : Néandertal, L’enquête, en partenariat avec Slate et Pour que nature vive, produit par le MNHN.
En quoi le podcast Pour que nature vive s’est-il voulu ancré dans la communication globale et la politique du Muséum ?
Claire Gonçalves : Nous voulions utiliser le média podcast, que nous avions appris à connaître, pour l’inscrire dans la politique de l’établissement mise en place par notre président de l’époque, Bruno David : pour porter la voix de la nature et, comme l’a dit Fanny, pour donner encore plus de résonance à la parole de nos chercheuses et de nos chercheurs en sciences naturelles, comme étant ancrés dans un monde complexe où la nature a besoin d’être soutenue et expliquée au grand public.
Fanny Decobert : Il y avait une volonté de s’adresser au public à travers différents canaux : l’édition avec nos manifestes de chez Reliefs, les conférences avec les Tribunes, complétés ensuite par le podcast Pour que nature vive, l’ensemble positionnant le Muséum comme un acteur engagé dans notre société.
Claire Gonçalves : Le Congrès mondial de la nature de l’UICN était une belle occasion pour réaliser ce podcast et pour mettre en valeur la diversité des sciences naturelles. Il y avait également une véritable concomitance entre un projet d’établissement et un plan de communication institutionnelle qui était prévu pour juin 2020. Mais l’événement a été reporté à cause du Covid.
Comment avez-vous finalement décidé de diffuser ce podcast ?
Fanny Decobert : À l’annonce de l’annulation du congrès fin mars 2020, nous avions déjà réalisé une première série d’épisodes. Comme nous étions prêts, nous avons décidé de lancer le podcast. Nous avons fait parler les scientifiques au moment où tout était fermé et où nous ne pouvions plus accueillir de public sur nos sites. Cela a été un succès immédiat. Nous avions 6 épisodes dont un intitulé Une planète, une santé, avant de dérouler progressivement toute la saison.
Pour que nature vive est le premier podcast produit par le Muséum. Comment l’avez-vous construit ?
Fanny Decobert : Nous avons été accompagnés par une société de production spécialisée, Création Collective et par un journaliste. Nous avons travaillé les sujets, les thématiques, le choix des scientifiques ensemble et nous avons également positionné notre président sur sa création.
Nous étions parmi les premiers opérateurs scientifiques et culturels à proposer des contenus pour pallier la fermeture de nos sites. C’est un concours de circonstances, avec le congrès annulé et le podcast prêt à être diffusé, qui nous a permis d’avoir cette réactivité.
Grâce à ces 6 épisodes et à ce nouveau podcast, nous avons remporté le prix Apprentissage du Paris Podcast Festival en septembre 2020. Ce prix nous a positionnés en tant qu’acteurs de la connaissance et du podcast.
Dans la continuité de l’esprit de collection du Muséum, nous avons produit plusieurs saisons de Pour que nature vive, avec des thématiques très différentes – l’alimentation, la génétique… – pour intéresser très largement aux sciences naturelles. Les sujets sont choisis collectivement avec notre président et les directeurs de nos départements scientifiques.
Claire Gonçalves : Nous avons la chance d’avoir une organisation scientifique bâtie autour de trois grands départements scientifiques. Chaque directeur de département est investi dans la préparation des podcasts. Des rendez-vous sont organisés sous forme de discussions, comités éditoriaux, où nous échangeons sur les sujets, puis sur de potentiels intervenants. Cela nous permet de proposer des thématiques au cœur de nos recherches et de l’actualité.
Une fois les sujets choisis, nous les soumettons aux scientifiques. Un conducteur est réalisé avec eux, puis ils sont mis en contact avec le journaliste qui se chargera de les interviewer. Celui-ci se documente sur leur parcours et leurs travaux. Puis, nous préparons l’interview avec le journaliste et le chercheur, avant d’aller enregistrer en studio. Nous soignons particulièrement la production, l’accompagnement de notre prestataire Création Collectives est essentiel dans la réussite dudit podcast.
Comment avez-vous choisi puis embarqué les chercheurs et chercheuses dans le projet ?
Fanny Decobert : Il est essentiel de bien connaître sa maison et ses chercheurs, de connaître celles et ceux qui savent pitcher et qui aiment le faire !
Comme nous le disions au début de cet entretien, nous avons l’habitude de solliciter nos scientifiques pour des prises de paroles dans la presse. Nous avons compris que nous avions un potentiel et un savoir-faire certain pour créer des podcasts.
Claire Gonçalves : Les scientifiques ont conscience que c’est un beau moyen de valoriser leurs recherches. La majorité d’entre eux sont des enseignants-chercheurs, ils ont la volonté de transmission, cela fait partie de leur ADN. Nous faisons également attention à bien les accompagner tout au long de leur participation au podcast.
Fanny Decobert : À la Direction de la communication du Muséum, nous avons l’habitude de travailler avec les chercheuses et les chercheurs. Le podcast est un nouveau moyen de communication auquel nous nous sommes rapidement adaptés, et eux aussi.
Quelle stratégie de diffusion avez-vous mise en œuvre pour le podcast Pour que nature vive ?
Fanny Decobert : Nos scientifiques interviennent régulièrement sur des radios nationales, comme France Inter ou France Culture et bénéficient d’une large écoute, ainsi avec la réalisation d’un podcast, il fallait que l’audience soit forte et qu’il soit diffusé très largement. Les chercheurs donnent de leur temps et il y avait une certaine pression dès le départ à ce qu’ils ne se soient pas investis pour une audience confidentielle. Nous avons donc utilisé Acast, une plateforme marketing tout-en-un d’hébergement et de distribution de podcasts.
« Pour faire un podcast, il est essentiel de bien connaître sa maison et ses activités, ceux et celles qui l’incarnent, et de l’intégrer à une stratégie globale. »
Claire Gonçalves : Puis nous avons mis en place des outils de communication adaptés, avec des visuels spécifiques. Nous avons fait attention à opérer une mise en ligne régulière et pas trop espacée, hebdomadaire, afin de fidéliser les auditeurs. Création collective, qui produit et valorise également les podcasts, avait des contacts éditoriaux au sein de chaque plateforme : Spotify, Apple Podcast… afin de pouvoir les pousser auprès d’eux. De mon côté, j’avais mis en place un partenariat avec Deezer à l’occasion de la sortie de Pour que nature vive. Et comme c’était en plein confinement, ils nous ont beaucoup aidés avec de la visibilité éditoriale et publicitaire car ils ont adoré le concept.
En résumé, nous avons eu un déploiement éditorial simultané sur toutes les plateformes, qui nous ont mis en avant dès le lancement. Nous avons aussi mis en ligne les podcasts sur YouTube afin d’être présents partout. Tout le savoir-faire de la Direction de la communication mais aussi du service des contenus numériques du Muséum et du producteur ont été mis en commun, pour un véritable travail d’équipe. Aujourd’hui avec 66 épisodes, Pour que nature vive totalise presque 700 000 écoutes, un beau résultat.
À quel point l’identité visuelle a-t-elle été importante dans votre stratégie ?
Claire Gonçalves : Chaque épisode est incarné pendant 30 minutes par une chercheuse ou un chercheur. Nous avons donc créé un visuel avec sa photo ainsi qu’un verbatim. Nous avons pensé une identité graphique en amont, qui puisse être déclinée sur différents supports, notamment sur les réseaux sociaux (format paysage, Story, carré…). Au Muséum, nous avons beaucoup de sujets, institutionnels et évènementiels, valorisés via des supports variés : éditions, sites web… On crée pour chaque projet une identité graphique, qui s’inscrit dans une charte très forte et facilement déclinable, repensée en 2019.
Fanny Decobert : Nous avons en interne une graphiste qui assure la direction artistique et qui a beaucoup de talent. Elle s’est penchée sur les podcasts et s’est projetée sur tous les supports de diffusion web, tant au niveau du format visuel que de sa couleur et de la mise en avant de la marque du Muséum… l’ensemble doit s’harmoniser avec un titre fort, Pour que nature vive.
Comment financez-vous vos podcasts ?
Fanny Decobert : Lorsqu’il s’agit de coproductions, comme Bestioles avec France Inter ou Les Curieuses Histoires du Muséum avec France Culture, c’est moitié-moitié.
Lorsque ce sont des podcasts où nous sommes seuls producteurs, comme Pour que nature vive, nous prenons évidemment tout en charge financièrement. Dans les deux cas, nous faisons appel à du mécénat. Nous avons la chance d’avoir une Direction du développement qui apporte son soutien pour les podcasts en cherchant et trouvant des mécènes qui nous aident à financer ces projets.
Avez-vous un conseil pour les institutions qui souhaitent lancer leur podcast ?
Il est indispensable de connaître la stratégie à déployer, savoir ce qu’on veut valoriser, et comment on veut l’incarner.
Mettre en avant les talents de l’institution est essentiel. Ce sont de précieux collaborateurs et alliés, qui vous guideront dans la construction du podcast et vous permettront de l’enrichir.
« Il ne faut pas non plus hésiter à se poser des questions qui peuvent paraître basiques, mais qui sont pourtant essentielles : qu’est-ce que l’on veut dire ? À quelle occasion ? Qui veut-on toucher ? Comment ? »
Le podcast est fabuleux, il permet de nous immerger dans les coulisses, de faire entendre une voix, de révéler des activités, parfois insoupçonnées, il revêt une dimension intimiste, avec une écoute privilégiée. Alors, pour terminer, j’ai tout simplement envie de dire : n’hésitez pas à vous lancer et foncez !
Focus sur les podcasts du MNHN


Le Muséum compte aujourd’hui 11 podcasts pour toutes les oreilles curieuses de sciences naturelles. Outre le podcast « maison » Pour que nature vive, les autres sont coproduits :
Les Curieuses histoires du Muséum avec France Culture et qui raconte 40 objets issus des collections du Muséum. « Lors d’une visite, le public peut passer parfois un peu vite sur certains objets de nos collections », explique Fanny Decobert. « Ces podcasts les transforment en véritables personnages. D’une durée de 7 minutes, ils sont pensés pour être écoutés n’importe où mais c’est aussi un outil de médiation qui peut accompagner les personnes lors de leur visite ou la prolonger. Un QR code est présent à côté de l’objet exposé lorsque celui-ci est concerné. »
Bestioles, un podcast sur le monde animal développé avec France Inter pour le jeune public, cumule près de 15 millions d’écoutes pour 118 épisodes. « Le Muséum assure le conseil scientifique et éditorial et fournit les données sur chacune des espèces choisies », indique Fanny Decobert. « Comme avec Pour que nature vive, on raconte la diversité du vivant ».
« Les chercheurs et chercheuses du Muséum collaborent à chacun de ces podcasts », précise-t-elle. « Ils sont aujourd’hui près d’une centaine à y avoir pris part. »

À propos de FANNY DECOBERT
Fanny Decobert commence sa carrière dans la production audiovisuelle en tant que productrice déléguée de programmes culturels, puis évolue au sein de différentes structures artistiques et culturelles comme consultante en communication. Elle crée ensuite sa propre agence de communication spécialisée dans la culture, Tandem, qu’elle développe pendant 15 ans, entourée d’une équipe qu’elle dirige. Spécialisé dans la culture, ses clients sont des artistes (chefs d’orchestre, solistes, metteurs en scène, auteurs), des services publics (direction de la musique à Radio France, maisons d’Opéra, Théâtres….),des éditeurs ou des labels discographiques.
L’envie de s’ancrer et se consacrer pleinement à d’une seule institution la mène au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN). Après avoir été directrice adjointe à la communication en 2009, elle prend la direction de la communication en 2017. Son équipe est composée d’une vingtaine de personnes « ultra compétentes, et aux profils variés ».
À propos de Claire Gonçalves
Titulaire d’un Master en sciences politiques à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Claire Gonçalves commence sa carrière auprès du metteur en scène Bartabas, au sein de l’équipe billetterie. Elle rejoint ensuite L’Établissement Public du Parc et de la Grande Halle de la Villette en tant que chargée des partenariats médias et publicités. Elle intègre le MNHN en 2014, au poste de responsable des partenariats, publicités et affichage.
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