« Avec le canal de diffusion Instagram, nous souhaitons construire un lien de proximité avec les étudiants sans les surcharger »


Rencontre avec Isabelle Froustey, directrice de la communication et Noémie Sulpin, animatrice éditoriale et des communautés de l’Université Bordeaux Montaigne

Isabelle Froustey, directrice de la communication
et Noémie Sulpin, animatrice éditoriale et des communautés de l’Université Bordeaux Montaigne

Les canaux de diffusion d’Instagram ont d’abord été destinés à l’usage des influenceurs : pour pouvoir bénéficier de cet outil, il faut disposer d’un compte creator (et non personnel ou professionnel) de plus de 10 000 abonnés. L’objectif ? Entrer dans les coulisses de leur feed et de leurs stories et être encore plus proche d’eux, virtuellement du moins.

Les abonnés au canal de diffusion de Lena Situations ont ainsi pu écouter des vocaux d’elle au réveil ou choisir la couleur de sa tenue du jour via un sondage, tandis que ceux de HugoDécrypte ont découvert ses dernières lectures personnelles.

Puis, d’autres se sont emparés de cette fonctionnalité, avec plus ou moins de succès : les marques – par exemple Louis Vuitton avec son canal LV Circle, des établissements culturels comme le Centre Pompidou et le Pompinews… mais aussi des universités. Pourquoi et comment alors, en tant qu’établissement d’enseignement supérieur, s’approprier cet outil de diffusion ? Isabelle Froustey, directrice de la communication et Noémie Sulpin, animatrice éditoriale et des communautés de l’Université Bordeaux Montaigne ont créé en septembre 2024 Les Monologues de Montaigne, nom du canal de diffusion de l’Université. Quelques mois plus tard, elles nous font part de leur retour d’expérience.

Comment l’Université Bordeaux Montaigne a-t-elle lancé ce canal de diffusion Instagram ?

Noémie Sulpin : La direction de la communication est très vigilante sur les fonctionnalités récentes des réseaux sociaux, et nous avons été rapidement intéressés par le potentiel du canal de diffusion Instagram. Nous avons décidé d’en faire un endroit d’expérimentation, d’échanges directs pour mieux adapter notre communication sur le compte Instagram par rapport aux autres canaux : le feed, les stories et les reels, mais aussi par rapport aux sujets traités…

Isabelle Froustey : Nous avons la chance d’avoir une autonomie d’intervention assez forte. Nous en avons simplement discuté au sein de l’équipe avant d’ouvrir le canal. Cela s’est fait en très peu de temps.

« Le canal de diffusion Instagram est une façon de s’adresser aux étudiantes et étudiants en faisant un vrai pas de côté via un canal décalé et bien différent des canaux institutionnels classiques. » – Noémie Sulpin

Quels sont les objectifs principaux de ce canal de diffusion ? En quoi le canal Les Monologues de Montaigne est-il complémentaire de vos autres moyens de communication web ?

Noémie Sulpin : Le but était d’ouvrir une fenêtre de communication un peu moins formelle et plus personnalisée. Bien que limitée à des émojis et à des sondages orientés, cela nous permet d’avoir les réactions des étudiantes et étudiants autour des événements et informations transmises et donc de sonder leur intérêt. Nous avons repris l’usage un peu plus « personnel » de ces canaux comme le font certains influenceurs. Par exemple, HugoDécrypte y intervient de manière moins fréquente qu’en story, mais à chaque fois, il publie une information intéressante et pertinente, qui forme une sorte de proximité avec cette figure dont on connaît peu de choses au final. Nous voulions développer ce même type de lien de proximité avec l’Université, plus direct que sur ses autres supports. C’est également une façon de s’adresser aux étudiants en faisant un vrai pas de côté sur un canal décalé et bien différent des canaux institutionnels classiques.

Isabelle Froustey : Le second objectif était d’avoir un accès aux notifications de notre public. Des notifications qu’ils ont l’habitude de consommer au quotidien et qu’ils ont choisi d’avoir en rejoignant ce canal de communication. Pour précision, à chaque publication de l’Université dans le canal Les Monologues de Montaigne, les abonnés reçoivent une notification, ce qui n’est pas le cas pour les stories ou les posts. Cela nous permet d’insister sur des événements qui manqueraient d’inscriptions par exemple.  

Noémie Sulpin : J’essaye aussi d’écrire comme j’aurais aimé qu’on me parle, de manière bienveillante, d’informer avec un ton léger et parfois humoristique. L’idée est de donner vie à l’information que je veux transmettre et de la rendre beaucoup moins descendante que sur les autres supports de communication – web ou print – de l’Université Bordeaux Montaigne.


Comment avez-vous construit l’angle éditorial de ce canal ? Quelles informations y diffusez-vous, à quelle fréquence et pour quelle cible exactement ?

Noémie Sulpin : C’est une construction collaborative : les étudiantes et étudiants abonnés au  canal sont associés à son contenu. Dès son ouverture, j’ai publié un sondage pour déterminer les sujets de prédilection qu’ils souhaitaient suivre. Quitte à leur ajouter de l’information, autant qu’elle soit à leur goût. Les trois sujets les plus demandés sont, dans l’ordre, la culture, les sujets informels et la recherche. Ce qui est très varié.

Exemples de sondages dans le canal de diffusion Les Monologues de Montaigne


Avez-vous impliqué d’autres acteurs en interne pour la récolte des informations à diffuser, comme les associations étudiantes ou d’autres services de l’université ?

Noémie Sulpin : Les informations nous parviennent déjà pour diffusion sur nos sites internet. Le tout est de sélectionner celles qui ont besoin d’un focus, celles qui représentent un temps fort et celles qui sont agréables à transmettre : on parle parfois de la météo, par exemple.

Je réalise aussi une veille, notamment pour la vie associative afin de relayer les événements proposés. Enfin, les différents services de l’université peuvent nous solliciter pour explicitement demander un relais par ce biais, mais la direction de la communication reste maîtresse de la ligne éditoriale de ce canal.

« On est, de manière générale, sensible à l’infobésité. Le but n’est pas de sursolliciter les étudiants. » – Isabelle Froustey

Combien de temps diriez-vous que cela prend à animer ?

Isabelle Froustey : Aujourd’hui, cela représente très peu de temps. Le but n’est pas de solliciter les étudiantes et les étudiants tous les jours non plus, pour éviter qu’ils partent du canal. On est, de manière générale, sensible à l’infobésité, donc c’est vraiment très ponctuel pour le moment. C’est un projet récent, nous affinons progressivement son usage comme toute expérimentation.

Noémie Sulpin : Nous ne voulons pas que cela soit chronophage, il y a déjà tellement de choses à faire sur les réseaux sociaux, c’est sans fin ! Je dirais que cela peut me prendre entre 15 minutes et une heure par semaine, en fonction du nombre de posts dans le canal. Je peux en faire un toutes les deux semaines ou deux à trois par semaine, grand maximum.

Je n’ai pas de calendrier de publication et il n’y a pas de circuit de validation avant la mise en ligne des messages. Je me laisse aller à la spontanéité ce qui, peut-être, renforce le ton « naturel » de mes publications.


Comment Les Monologues de Montaigne s’inscrit-il dans la stratégie de communication interne et/ou externe de l’Université Bordeaux Montaigne ?

Isabelle Froustey : Le compte Instagram de l’université est conçu pour être proche des étudiants, en alliant communication pratique et engagement communautaire. On y délivre des infos pratiques, comme les heures d’ouverture et fermeture, les dates d’élections… ; du contenu inspirant – vidéos d’interviews d’étudiants sur leurs parcours, messages d’encouragement pendant les examens, partages d’événements marquants… ; de l’histoire et de la culture, par exemple des contenus liés à l’histoire de l’Université Bordeaux Montaigne…

Instagram est un espace pour l’accompagnement quotidien des étudiants et la valorisation de leur expérience universitaire.

Noémie Sulpin : Le canal Les Monologues de Montaigne contribue quant à lui à renforcer le sentiment d’appartenance et l’attachement à l’Université Bordeaux Montaigne.


Depuis la mise en place de ce canal, quel bilan pouvez-vous faire ? Quelles statistiques sont accessibles ? 

Noémie Sulpin : Nous n’avons pas déterminé de bilan, c’est encore trop tôt. On constate cependant des retours positifs sur nos messages. À son ouverture, 700 personnes ont rejoint le canal ! Certains abonnés m’écrivent ensuite en message privé afin d’avoir plus d’informations sur les sujets évoqués dans ce canal. Cela montre que ceux-ci intéressent notre communauté.

Quant aux statistiques, hormis le nombre d’abonnés du canal, le nombre d’interactions par publication et le nombre de personnes qui ont vu le post, nous n’avons rien d’autre pour le moment. Mais peut-être qu’Instagram développera de nouveaux outils dédiés, car le canal de diffusion est encore récent.

Avez-vous un ou plusieurs conseils pour les établissements qui souhaiteraient mettre en place ce type de canal ?

Noémie Sulpin : Pour moi, il est important d’aborder ce canal comme un espace différent, sur lequel évoquer des sujets sur le mode de l’anecdote et/ou la dérision.

Il faut faire attention à ne pas alourdir cet espace par des messages trop longs ou trop fréquents. Car cela reste un DM – un direct message – qui apparaît dans leur boîte de réception privée, au même niveau que les messages de leurs amis ou de leur famille.

Un ton éditorial léger dans le canal de diffusion Les Monologues de Montaigne


Selon vous, l’utilisation de ces types de canaux (issus du shadow social), qui permettent une expérience plus personnalisée que celle sur les réseaux sociaux « classiques », est-elle amenée à se développer au sein des universités françaises ?

Noémie Sulpin : Je pense que ça dépend vraiment de la stratégie des universités et du rapport qu’elle souhaite entretenir avec leurs étudiants. Il faut admettre un positionnement non-institutionnel et l’assumer.


Pensez-vous développer d’autres canaux de ce genre, sur Whatsapp, par exemple ?

Isabelle Froustey : Non, se démultiplier davantage n’est pas possible aujourd’hui pour des raisons de ressources humaines. Par ailleurs, on capitalise sur la communauté déjà captive sur le compte Instagram. Créer de nouveaux canaux nous demanderait plus d’effort et de temps pour fédérer une nouvelle communauté. 

Puis, comme je l’ai déjà mentionné, nous essayons de lutter contre « l’infobésité ». Nous allons réaliser prochainement un diagnostic de nos outils et supports de communication digitaux, pour redéfinir les lignes éditoriales de chacun d’entre eux et essayer de rationaliser chaque usage.

Pour cela, nous allons travailler avec les collègues des différents services de l’Université Bordeaux Montaigne afin d’uniformiser nos méthodes de travail et de créer un réseau collaboratif étroit, afin d’essayer d’être complémentaires, notamment sur nos différents comptes réseaux sociaux.

« « Notre communauté Instagram est construite et assez riche, nous avons tout intérêt à capitaliser dessus avant de penser à en créer une nouvelle. » – Noémie Sulpin

Noémie Sulpin : Nous ne sommes pas certains que Whatsapp soit le bon outil pour la cible étudiante, car nous estimons que son usage est très familial et amical, où les groupes sont assez intimes. Nous n’avons pas forcément envie de pénétrer, voire de « forcer » cette bulle. 

De plus, l’intérêt du canal Instagram est qu’il est associé à un compte déjà existant. Notre communauté Instagram est construite et assez riche, nous avons tout intérêt à capitaliser dessus avant de penser à en créer une nouvelle.


L’utilisation des réseaux sociaux au sein de l’Université Bordeaux – Montaigne

LINKEDIN : ce réseau nous sert à garder contact avec les anciens étudiants, à aborder la vie institutionnelle de l’Université, à valoriser nos formations, nos profils étudiants et leur insertion professionnelle 

X : nous avons mis notre compte en sommeil en décembre 2023, par choix politique. Nous sommes désormais actifs sur Bluesky, où nous avons une audience assez importante, dont nos enseignants-chercheurs, nombreux à avoir migré ici. Outre des publications, nous faisons beaucoup de veille, ainsi que du repérage des nouveaux arrivants sur ce réseau. 

FACEBOOK : il s’agit d’une déclinaison d’Instagram avec majoritairement les mêmes informations, même si le réseau est en déclin. Ce sont surtout les pages de nos bibliothèques, qui ne sont pas gérées par la direction de la communication, qui sont très actives. 

INSTAGRAM

Nous essayons de relier un maximum de contenus vers notre site web et surtout, de faire attention à ne pas trop surcharger d’informations notre communauté étudiante.


Isabelle Froustey

À propos d’ISABELLE FROUSTEY

Directrice de la communication de l’Université Bordeaux Montaigne, Isabelle Froustey est en poste depuis de nombreuses années à la tête d’une équipe de 6 personnes, dont Noémie Sulpin fait partie.

Sa page Linkedin

À propos de NOÉmie sulpin

Noémie Sulpin a 24 ans, elle est animatrice éditoriale et des communautés de l’Université Bordeaux Montaigne – suite à la création de ce poste entièrement dédié aux réseaux sociaux – depuis juillet 2024. Elle est titulaire d’un master en Conception de projets numériques et narration transmédia à l’Université Bordeaux Montaigne.

Sa page Linkedin

Noémie Sulpin

Laisser un commentaire

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture